1. Il marche toujours sur la tête
Un récent sondage de lequipemag.fr montre que le rugby finira par supplanter le football.
Il y a quelques jours, lequipemag.fr a lancé un sondage : "Le rugby va-t-il un jour supplanter le foot ? Le foot, malgré le fiasco de la Coupe du Monde
va-t-il reconquérir le cœur des supporters ? Le rugby est-il surcôté ?" A ce jour, le rugby, ô surprise, est en tête (53,3% contre 46,7% au football).
Je vous invite à voter pour vous exprimer vous aussi sur la question.
Moi, je n'ai pas réussi à choisir. Il y a quelques années, pourtant, j'aurais choisi foot sans me poser la question.
Aujourd'hui, le rugby est de mieux en mieux exposé à la télévision. Sur les chaînes du groupe Canal +, le rugby du Top 14 ou de la H Cup n'a certes pas
encore le même temps d'antenne que le football, mais la mise en avant, via les bandes-annonces, elle, est au moins aussi importante que pour le foot.
Et les acteurs du ballon ovale font tout, parfois à l'excès, pour vendre encore mieux leur spectacle. Et du coup, le pari du spectacle familial,
qui rend les stades plus sûrs et les recettes plus importantes (billetterie, produits dérivés, buvettes) semble déjà en passe de réussite côte rugby.
Pas la peine de rappeler ici les errements de l'équipe de France à Knysna, en Afrique du Sud, l'été dernier, qui ont donné un sacré mauvais coup - un de plus -
à l'image du football, en France en particulier.J'ai quelques autres exemples récents en tête qui ne vont pas aider le football dans son "combat" médiatique
face au rugby.
Tout le monde a vu l'image du tacle assassin de De Jong sur Ben Arfa, il y a quelques semaines. Résultat : double fracture tibia péroné pour le nouveau
joueur de Newcastle. Pour le Néerlandais récidiviste, rien. Ni un carton rouge, ni un jaune, pas même un coup franc. Et a priori, les instances de la FA
n'utiliseront pas les images vidéo, après coup, pour sanctionner le fautif. Je suis partisan, dans le cas des blessures infligées volontairement ou par négligence,
d'une suspension égale, en temps, à celui qu'il faudra au joueur blessé pour revenir sur un terrain.
En face, au rugby, récemment, un troisième ligne du club gallois de Llanelli, Gavin Quinnel, a perdu un œil suite à l'agression dont il a été victime
lors d'un match de championnat de première division galloise contre Cross Keys. Les Scarlets de Llanelli ont porté plainte. La police locale a ouvert une enquête.
L'affaire prend une tournure pénale pas franchement absurde, puisque le geste, en dehors d'un terrain de sport, serait tout bonnement qualifié de coup et blessures
volontaires. Le joueur sera aussi sans nul doute lourdement sanctionné par les instances sportives. Et en rugby, on ne rigole pas dans ces cas-là.
Le joueur risque quelque chose comme 52 semaines de suspension, en plus des sanctions éventuelles pénales.
Tout aussi pénible, lors du match de foot entre Lorient et Valenciennes dimanche 17 octobre. Les joueurs bretons arboraient un brassard noir en hommage
au fils d'un des leurs, Arnold Mvuemba, décédé quelques jours plus tôt. Quand Kévin Gameiro ouvre le score sur pénalty, lui et quelques uns de ses coéquipiers
soulèvent leur maillot et font apparaître un message de soutien à leur partenaire. Et l'arbitre, M. Cailleux, adresse un carton jaune à l'un deux, en l'occurrence
Lynel Kitambala. Dans le football, on ne soulève pas son maillot, c'est la règle. M. Cailleux l'a appliqué à la lettre. Et c'est bien triste.
Beaucoup plus personnel, et vécu vendredi 15 octobre au stade Auguste Delaune à Reims. L'avant-veille, j'apprends que Michel Hidalgo et Patrick Poivre d'Arvor
donneront le coup d'envoi fictif de Reims - Ajaccio. Trop tard pour faire une demande officielle de tournage vidéo auprès de la Ligue de Football Professionnel.
Je me rends tout de même au match. Les dirigeants du club, qui me connaissent bien, m'autorisent à réaliser mon reportage. Mais pas le délégué de la Ligue, qui m'interdit
de pénétrer sur la pelouse trois quarts d'heure avant le coup d'envoi. J'ai pu faire mes interviews dans un couloir. C'eut été plus sympa avec le public en fond. Mais
c'est ainsi, la règle, c'est la règle. Et le respect de l'exclusivité des droits télévisés aussi, même quand les matches ne sont pas télévisés, et Reims - Ajaccio
n'était pas télévisé.
C'est très agaçant sur le coup. Puis on se rappelle que le football est ainsi. D'après l'expression consacrée, il marche sur la tête.
À force, c'est évident, le rugby le supplantera. S'il ne change pas trop. Comme quoi, ce n'est pas la forme du ballon qui fait que ça roule
parfaitement bien...
2. Web & web

Et aussi vidéo & vidéo, texte & texte, photo & photo, peinture & peinture...
Tout designer, réalisateur, rédacteur ou plus globalement acteur de la communication des autres que l'on soit, et bien souvent
davantage bohème que golden boy, ceux qui reconnaîtront ici partager ces problèmes n'en sont pas moins, de temps à autres,
jamais assez souvent, un minimum commerciaux (sic).
Nous ne savons bien évidemment pas nous vendre. Dès qu'il nous est demandé de faire une remise, nous la faisons, en faveur d'une future nouvelle collaboration avec le client. Nous sommes mis en concurrence avec des boîtes dont nous savons qu'elles ne sont pas à notre niveau de qualité de travail, de rigueur, de respect des délais...
Récemment, excédé par la pratique, j'ai dit "non". J'ai dit "je ne m'aligne pas sur ces tarifs, et c'est vous qui voyez ce que vous voulez comme résultat". Et le client a dit "d'accord". Surprise ! Bon, en général, ça ne marche pas. Mais cette fois, oui, et ça m'a rassuré pour des années.
Il y a deux facteurs principaux qui expliquent ce problème.
L'un dépendant d'ailleurs directement de l'autre.
Tout d'abord, la plupart de nos clients n'a aucune idée des moyens humains ou matériels à mettre en œuvre, du temps passé, pour
réaliser le projet. Ce n'est pas anormal. Je n'ai aucune idée, a priori, du temps et du nombre de pots de peinture qu'il faudrait
à un artisan pour reblanchir mon appartement. Je suis curieux, et si je mets en route ce projet, je me renseigne. Ok.
Sauf que nos métiers, et j'adresse mes excuses aux artisans qui le prendraient mal, sont un poil plus complexes, dans le sens où le projet
de communication d'un client peut faire appel à la programmation web, au design, à la rédaction, à la photo, au tournage, à l'éclairage, au montage,
aux effets visuels... Disons que c'est proche de l'architecte, pour rester dans la comparaison du bâtiment. Donc, pour comprendre nos métiers
et mesurer ce qu'il en coûte, le client doit être très curieux pour tout saisir.
Ensuite, et là ça concerne essentiellement le web et/ou la vidéo, que nous qualifierons de "nouveaux media", le modèle économique
est encore très flou. Un client demandeur trouve tous les prix, du gratuit à l'indécent. Par nature, il ira plutôt vers le moins cher.
Sans se faire la même réflexion que tout le monde au rayon pots de peintures, à savoir, le moins cher, c'est le bas de gamme, le plus cher,
c'est le total luxe. Non. Parce que la peinture, tout le monde comprend, à peu près. Les "nouveaux media", c'est moins clair, à cause de ce qui est évoqué
dans le paragraphe précédent.
En plus, le client, il a un appareil photo et sans doute même un caméscope. SuperFull HD, 50 GigaPixels et tout, et tout... Parfois, au beau milieu d'un rendez-vous, il vous dit même qu'il pourrait le faire lui-même, avec son "matos", s'il avait le temps. Rageant... D'autant plus que, s'il veut faire restaurer la fresque Renaissance du plafond du salon, il aura beau avoir les pinceaux, la peinture et même une ponceuse, il appellera un artisan. Et pas n'importe lequel.
Le salon du client est encore plus beau.
La fresque plafonnière a été restaurée avec soin, et les convives du client y viennent et y reviennent.
Pour le site web de sa boîte, le film de son entreprise ou les nouvelles business cards, en fait, c'est pareil. Sauf qu'il ne le sait pas.
Alors, chers vous qui vous êtes reconnus, prenez-vos bâtons de pèlerins, vos Mac, vos iPad, et montrez-lui : un site dont l'ergonomie est bien
pensée et un qui ne respecte aucune norme, une photo bien éclairée et une sous-exposée, un film bien habillé et un qui enchaîne les ouvertures en étoile.
Et il va voir, lui aussi, ce qu'il préfère. Il ne le dira peut-être pas, mais sachez-le, il pensera "Ça, moi, j'sais pas l'faire".
Et là, vous pourrez lui resservir l'histoire de son plafond. Ses invités, ils ne cessent de l'admirer, ils viennent, ils reviennent. Le site web, le film, tout ça, c'est pareil. Le beau reste subjectif. Mais le bien fait, le travail rigoureux, le respect des règles, des normes, sans oublier de sortir des formats, l'originalité, font que des internautes retournent sur un site, qu'un film est vu par des millions de spectateurs, qu'on se pâme devant une photo. Si l'objectif du projet de communication du client, c'est un peu tout ça, il comprendra et ne confondra plus web et web, vidéo et vidéo, texte et texte, photo et photo...
3. La conférence de presse

Vu et entendu, au moment de la séance des questions,
pendant la conférence d'installation d'une entreprise...
Le journaliste : "Vous exercez votre nouvelle activité ici depuis six mois, pourquoi ne l'annoncez-vous qu'aujourd'hui ?"
L'interviewé : "Effectivement, nous sommes là depuis six mois. Mais je vous retourne la question, si vous savez que nous sommes là depuis six mois, puisque
notre activité est visible, pourquoi attendez-vous la conférence de presse pour en parler dans votre media ?"
A méditer...
4. Un pont, un petit, mais un pont...

Culture et sport font rarement ménage, ni bon, ni mauvais. Pourtant...
Ma vie professionnelle (et passionnelle d'abord) m'a fait faire des écarts, des grands, parait-il, entre culture et sport.
On se concentrera sur le football, non pas qu'il reçoive davantage mes faveurs qu'un autre sport, mais c'est le cas de la majorité, et puis, surtout,
c'est celui qui recense le plus de griefs de la part de l'autre monde. D'accord, le foot tel que présenté à Knysna à l'été 2010 et à de maintes
autres reprises dont je ne dresserai pas la liste ici, ne présente pas son plus beau visage. Encore que. Disons que les conséquences, les discours,
les prises de positions, suite à l'épiphénomène de Knysna, soulignent magnifiquement le regard sociologique qu'on peut jeter au football.
Je suis fan de ce qu'Emir Kusturica a fait dans son film sur Diego Arrrrrrmando Maradona (Maradona par Kusturica, 2008).
L'histoire d'un gosse défavorisé, qui se sort de son sort, et celui de sa famille, de ses proches, ses nombreux proches, grâce au ballon.
Et l'impossible gestion psychologique, pour ce gamin de Buenos Aires, devenu El Pibe de Oro. En Argentine, une véritable religion est née
autour de son culte. Naples flambe pour organiser ses 50 ans...
Certes, le temps où les comédiens cachaient L'Equipe dans leurs textes pendant les répétitions, où les metteurs en scène, avec la complicité
d'un technicien, cachaient une télé dans les coulisses pour suivre un match en direct, est révolu. Mais de là à ce que les uns s'intéressent
aux autres, il y a encore un monde. C'est d'ailleurs encore plus le cas pour les sportifs, qui ont bien du mal à aller au théâtre.
Tout ça pour dire que l'incompréhension des uns et des autres sur les hybrides (dont je fais partie) qui aiment les deux est difficilement
discutable. Et pourtant, rien ne se ressemble plus. Si on enlève le côté compétition, et encore, qu'est-ce qu'on a : dans les deux cas,
les acteurs et les spectateurs cherchent à entrer en communion, à partager ensemble une émotion. C'est vrai pour les deux mondes, il n'y
a pas grand-chose de plus beau que cette sensation qu'on ressent à l'aboutissement de quelque chose. Une vibration partagée, indescriptible.
Un jour, suite à l'organisation, avec mon ami Malick, d'une conférence qui mettait face aux spectateurs un metteur en scène et un entraîneur
de foot, un autre ami m'a remercié, dans un mail, d'une jolie formule, "toi, qui jette des ponts entre cultureux et footeux".
Là, j'ai compris les histoires de grand écart d'un monde à l'autre. Et j'ai compris aussi que les ponts, ils y ont toujours été. Faut bien regarder.
Mais ils y sont.
freelance journaliste
home
curriculum
book
friends
think about
contact